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Extrait de l’HISTOIRE DE LABARTHE

Publiée   par Corinne Bourrières – Historienne de patrimoine - 2018

 

Le toponyme Labarthe provient du mot occitan « bartas », qui désigne un lieu envahi de broussailles, de ronces et autres végétaux sauvages. Il révèle que ces riches terres aux abords du ruisseau de Reignac ont été soumises à une période d’abandon au cours de laquelle la nature a repris ses droits. L’un des contextes historiques favorables à une telle situation est la guerre de Cent Ans, dont le lourd bilan conjuguait au XVe siècle en Quercy une démographie en berne et la désertification de nombreux lieux de vie.

L’histoire du domaine s’établit dès le XVIe siècle. Il s’agit alors d’une métairie dont le propriétaire citadin tire des ressources à distance en la faisant travailler par un métayer. Produisant des denrées de subsistance, elle se compose de terres labourables, prés et jardins, et de bâtiments d’exploitation. Il en subsiste aujourd’hui le logis oriental avec sa longue cave voûtée, ainsi que la grange à surcroît de type auvergnat, dont le niveau inférieur abritait les animaux et le niveau supérieur un vaste fenil.

En 1736, la métairie devient propriété d’un négociant, Pierre Valet, et est rapidement absorbée dans un ambitieux projet basé sur le négoce du vin, produit sur place et à destination du marché bordelais. A cette fin, le domaine est planté dans les années 1750 de nombreuses vignes d’auxerrois et doté d’un immense chai de 40 m., bâti en retour d’équerre à l’extrémité nord de la grange. Doublant quasiment la longueur de cette dernière, il devait contenir d’un bout à l’autre et successivement tous les espaces nécessaires à la fabrication et à la vinification.

Les contacts de Pierre Valet avec ses alter-egos girondins et leur cadre de vie spécifique sont à l’origine d’une construction remarquable car extrêmement rare en Quercy, la chartreuse. Inspirée de ses homologues aquitaines, elle leur emprunte les notions de confort et de communion avec la nature dans leur contexte champêtre : un seul niveau d’habitation, de nombreux percements laissant entrer une abondante lumière et facilitant la circulation, un accès aisé au moyen de quelques marches depuis la cour et d’un plain-pied vers le jardin, entre autres.  L’édifice de plan barlong a été construit en retour d’équerre sur l’une des extrémités du logis ancien conservé. Pour harmoniser l’ensemble, son étage a été doté de fenêtres couvertes d’un arc segmentaire et surmontées de jours d’éclairage sur les combles : les travées ainsi formées sont un rappel de celles qui rythment avec régularité les façades de la chartreuse.

La demeure était conçue pour être douce à vivre à ses occupants, mais pas uniquement. Elle était interactive avec le domaine, prêtant sa cave voûtée à la conservation du vin, et l’un de ses bâtiments au plus précieux auxiliaire de la vigne qu’était le pigeon. Son plan barlong se complète en effet d’un pavillon carré sur son extrémité ouest. Les pigeons en occupaient la partie sommitale comme en témoigne la randière, bandeau de pierre placé tout autour du pavillon pour empêcher les rongeurs d’accéder aux nids.

La norme voudrait qu’un second pavillon s’élève symétriquement au premier, sur l’autre extrémité de la chartreuse aujourd’hui occupée par une terrasse haute. La présence de pierres d’attente dans le mur du logis ancien témoigne en faveur d’un projet qui n’aurait pas été mené à terme.  

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